Ce que la presse en dit



« […] On a rarement aussi intimement croisé, entremêlé, fondu violence poétique et violence de classe. Claude Guerre, dans une mise en scène sobre, sans fioritures, toujours en tension, Guillaume Durieux, au jeu sans aucune mimique, droit face au public, se retirant et revenant à la charge du texte, Jean-Phi Dary, le musicien, créant un relief par l’alternance de la basse et du piano, tout concourt à rendre cette rage de l’Angleterre blessée, révoltée, méditative, d’une profonde humanité, celle que l’on a pu retrouver également dans son cinéma.
La force du spectacle créé par la Maison de la poésie est, si l’on peut dire, dans le quatrain. Tony Harrison a habillé de forme classique les « gros mots » de
la rue. Mis en scène de façon directe, cela tient de la performance, voire du meeting poétique. Genre plutôt répudié, on le sait, en France, mais auquel les beatniks américains, notamment, ont donné des titres de gloire. Le cousinage de Harrison avec le Lawrence Ferlinghetti du Cri du ferrailleur est impressionnant, à la nuance près que le premier est dans la gauche radicale du Parti travailliste.
On aimerait que ce spectacle n’en reste pas à ce coup d’essai. Les lois des seigneurs de la programmation seraient-elles encore pénétrables ? »

Charles Silvestre, L’humanité, 27 octobre 08

« Entre musique rock et poésie orale scandée, Claude Guerre fait vibrer la voix provocatrice, dérangeante et subversive de Tony Harrison, un des plus grands poètes anglais contemporains. Crue, fracturée, écartelée, l’écriture empoigne la langue pour révéler les chocs sociaux d’une Angleterre sous Thatcher, avec un monde ouvrier livrer au chômage et à la désagrégation. Ecrit en 1985, le poème dramatique V se déroule dans le cimetière de Leeds. […] La traduction par Jacques Darras, la voix profonde et rythmée de Guillaume Durieux, et la musique de Jean-phi Dary révèlent au public français le cri de ce poète, d’origine ouvrière et fin lettré, qui redonne paix et dignité à ses morts par la puissance des mots. »

Sylviane Bernard-Gresh,Télérama sortir, 29 oct 08

« Le V profanatoire est dû à la bombe d'un hooligan. A Leeds, ancienne cité minière, le stade de foot est près du cimetière. Les bouteilles de bière y gisent, abandonnées comme les tombes. Les ouvriers enterrés ici ont été oubliés. Les parents du poète, formidablement campé par Guillaume Durieux, l'étaient aussi. Pour réparer ce qui a été commis il n'a que la puissance de ses mots. Le V de versus, signe de révolte et de conflit, deviendra celui de la victoire, symbole de force et d'unité, ce qui manque au Royaume-Uni. Traduction (Jacques Darras), mise en scène et musique (Jean-Phi Dary, surprenant bassiste, surtout muni d'un archet) servent un spectacle extraordinairement vivant. Guillaume Durieux est sublime, qui fait vivre le poème, capable d'accorder l'alexandrin au doux rythme d'un reggae ou aux accents électriques d'un rock plus hargneux. Le public sort conquis. »

Elodie Marillier, Le Point, 23 octobre 08

« […] C’est au comédien Guillaume Durieux que Claude Guerre a confié la tâche de faire entendre ce texte dont la forme classique, rimée dans l’original anglais comme dans sa traduction par Jacques Darras, jure volontairement avec les propos crus et sauvages des deux protagonistes. Choix judicieux : le jeune comédien est parfaitement à l’aise et convaincant, marquant parfois avec force le passage entre les deux personnages, et le laissant parfois douteux, incertain, volontairement flou. La parole, proférée ou hurlée, lâchée comme une confidence ou lancée comme un défi, dialogue durant toute la représentation avec la musique de Jean-Philippe Dary, lui aussi sur scène. Le musicien rythme la joute verbale et offre une sorte de basse continue aux cris et chuchotements du poète. Une belle réussite sur le plan formel et un texte qui, pour être circonstanciel n’en a pas pour autant perdu, vingt ans plus tard, une once d’actualité ni de pertinence. »

Karim Haouadeg, Webthea, 20 octobre 08